BILLET

Tout ce qui n’est point Dieu est un voile qui le cache. S’il n’y avait pas la ténébreuse obscurité du monde physique, apparaîtrait sûrement en toute clarté la lumière du mystère divin. S’il n’y avait pas la tentation séductrice de la concupiscence sensible, sûrement se soulèverait le voile. S’il n’y avait pas les affections terrestres, il est certain que les réalités spirituelles se révéleraient. S’il n’y avait pas les causes créées, éclaterait en pleine lumière la divine toute puissance.  S’il n’y avait pas l’effort, il est sûr que la gnose serait pure et claire. S’il n’y avait pas l’avidité du désir, il est sûr que l’amour divin s’enracinerait fortement en l’homme. S’il ne restait encore quelques affections terrestres, il est sûr que le feu de l’amour passionné de Dieu consumerait les esprits. S’il n’y avait pas faute de la part du serviteur, il est sûr que le Seigneur serait contemplé.

Ainsi quand les voiles tombent, par l’interruption de ces causes occasionnelles et que les obstacles sont supprimés, par l’amputation des ces affections terrestres, arrive ce qu’a déjà dit le poète :

 " Un secret t’a été révélé qui longtemps t’avait été caché ; une aurore a brillé dont tu étais l’obscurité.

Tu es en effet le voile qui cache à ton propre cœur le secret de son mystère, car, sans toi, son sceau ne se graverait point sur ton cœur pour le cacher.

Si tu t’absentes de ton cœur, il s’y installe et ses tentes s’élèvent sur le sommet de la sainte révélation.

Et il se produit un divin colloque dont l’audition n’ennuie jamais et dont la prose et les vers nous deviennent ardemment désirables."

Ibn Al-Arif

Mahâsin Al- Majâlis 

Traité Andalou de Spiritualité Musulmane